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Le programme de voyages sur invitation a 50 ans

En visite en Allemagne

Cinquante mille multiplicateurs étrangers sont déjà venus en Allemagne grâce au programme de voyages sur invitation du gouvernement fédéral. Le programme montre aux hôtes étrangers ce qui anime la société allemande.

Comment les Allemands utilisent-ils Internet ? Quel rôle les blogs jouent-ils dans les médias allemands ? Ces questions intéressent tout particulièrement Atsunori Yamashita, Nobuyuki Kume, Yukie Hayashi et Rioko Sato, des journalistes ­japonais spécialistes de l’Internet. Lors de leur visite à Francfort, ils obtiennent des réponses de première main en discutant avec leurs confrères du quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung et des éditions Societäts-Verlag. Les hôtes japonais explorent l’Allemagne une semaine durant, accomplissant un programme étoffé prévoyant nombre de rendez-vous conçus sur mesure à Francfort, Berlin, Leipzig, Bonn et Cologne. A la fin de leur séjour, ils auront pu se faire leur propre idée du paysage médiatique en Allemagne.

Associer les expériences directes et les informations objectives est l’un des grands objectifs du programme de voyages sur invitation mis sur pied par le gouvernement fédéral pour les multiplicateurs étrangers. Un « vaisseau amiral de la diplomatie allemande envers les particuliers » , c’est ainsi que Michael Gerdts, ambassadeur allemand à Varsovie, décrivait ce programme – dont on fête les 50 ans d’existence – lors d’un colloque international du ministère des Affaires étrangères à Berlin. Chaque année, plus de mille grands acteurs du monde de la presse, de la culture, de l’économie, de la science et de la société civile, mais aussi des jeunes qui, dans leurs différentes fonctions, diffusent à leur manière une image de l’Allemagne, se rendent chaque année en Allemagne à l’invitation du gouvernement fédéral; soit plus de 50 000 depuis la création du programme.

Les représentations allemandes à l’étranger choisissent les participants aux voyages individuels ou en groupe, en se concertant souvent avec les organismes allemands travaillant dans les pays concernés. Pour les voyages à thème, les participants viennent de différents pays, leur point commun étant des sujets auxquels tous s’intéressent. Selon le thème, le ministère fédéral des ­Affaires étrangères charge des organismes spécialisés, comme le Goethe-Institut, l’Institut für Auslandsbeziehungen, l’Europäische Akademie Berlin ou la Deutsche Energie-Agentur, de concevoir le programme. Des interprètes accompagnent les hôtes étrangers pendant leur séjour en Allemagne.

Lors du colloque sur les 50 ans d’existence du programme, le secrétaire d’Etat du ministère fédéral des Affaires étrangères Reinhard Silberberg soulevait une question importante, à savoir si ce programme « est encore de mise à une époque où chacun peut trouver sur Internet toutes les ­informations qu’il souhaite » . Les participants étaient unanimes à penser que l’objectif est de transmettre une image concrète et réaliste de l’Allemagne, de rendre le pays « tangible » pour les hôtes étrangers grâce à une expérience authentique, à une présentation crédible des thèmes allemands et à un vécu laissant des impressions durables. Pour Reinhard Silberberg, l’objectif est de mettre un terme à la diffusion d’informations à sens unique pour, au con­traire, entamer un dialogue approfondi avec les hôtes.

Un dialogue et plus de contacts avec la population, c’est ce que souhaitent aussi les hôtes étrangers. C’est le constat tiré d’une évaluation du programme réalisée en 2007. Elle confirmait aussi que les invitations en Allemagne ont très largement contribué – chez presque 100 % des personnes interrogées – à améliorer « leur » image de l’Allemagne. « Ce n’est qu’avec ce voyage d’étude que j’ai découvert la véritable Allemagne, déclarait un journaliste arménien, une Allemagne aux mille visages. J’ai beaucoup apprécié les Allemands et leur culture. » Un confrère autrichien a également découvert des choses nouvelles sur le pays voisin. « J’ai beaucoup appris sur l’Allemagne. On y trouve une volonté de discuter, une belle ouverture d’esprit, le sens de l’autocritique et peut-être une certaine hésitation quant à son futur rôle politique dans le monde. Dans l’ensemble, le pays est en bonne voie. »

Les stéréotypes ont été abordés pendant le colloque, comme souvent quand on parle de l’image de l’Allemagne. Comment dépasser les stéréotypes obsolètes que l’on attribue encore aux Allemands – la discipline, l’ardeur au travail, la ponctualité, le manque d’humour – et faut-il vraiment les surmonter ? Fort de ses expériences en ­Pologne et en Italie, Michael Gerdts confirmait que « l’on ne peut les dépasser progressivement que lorsqu’on met les gens en contact direct. » Michael Zenner, chargé de la communication au ministère fédéral des Affaires étrangères, allait plus loin. Pour lui, il faut vivre avec les stéréotypes puisqu’ils seraient presque impossibles à faire disparaître. On pourrait éventuellement se servir de certains préjugés « ayant une connotation assez positive » pour diffuser des positions propres.

Le ministère fédéral des Affaires étrangères fixe chaque année les priorités du pro­gramme. Pour 2009, ce sont entre autres l’accompagnement de ses initiatives « La ­politique scientifique extérieure » et « Les écoles, partenaires de l’avenir » ainsi que de son action « Un partenariat avec l’Afrique ». Et, naturellement, les thèmes des invitations tiennent compte de commémorations comme le « 60e anniversaire de la République fédérale d’Allemagne » et le « 20e anniversaire de la chute du Mur », de défis tels que la politique de l’énergie, du climat et de l’environnement ainsi que du thème « Innovation: l’Allemagne, un site économique et scientifique ». En 2009, plusieurs voyages thématiques porteront également sur l’économie de la créativité en Allemagne.

L’objectif du programme de voyages sur invitation n’est pas d’obtenir des reportages à court terme sur des thèmes allemands dans les médias étrangers. Rainer Schlageter, aujourd’hui ambassadeur au Kazakhstan et ancien chef du service de presse de l’ambassade allemande à Moscou, relatait ses expériences. Au début des années 1980, l’ambassade moscovite avait invité de grands journalistes russes en Allemagne. « Nous savions, dit-il, que nous ne pourrions pas modifier l’image de l’Allemagne qui dominait alors, en tout cas pas dans toute son étendue. » Après le retour de ces journalistes, il est apparu au cours de nombreuses discussions que de nouvelles connaissances exigent une autre manière de penser. « Quiconque voyage parle des expériences qu’il a faites et c’est ce qui c’est passé avec nos hôtes russes. » Cela n’a certainement pas accéléré la fin de l’Union soviétique « mais, pendant cette période, il s’est avéré bon que nos anciens hôtes puissent, en leur qualité de multiplicateurs, présenter l’ancien ennemi de classe qu’était l’Allemagne comme un futur partenaire de la nouvelle Russie, et ce de manière réaliste grâce à leur expérience propre du pays et les sentiments que le voyage avait fait naître en eux. Rétrospectivement on s’aperçoit que c’est un retour sur investissement tardif mais important. »

19.01.2009
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