L’été est court à 71 degrés de latitude sud. C’est là, à environ 2 000 kilomètres du pôle Sud que se trouve la station Neumayer III de l’Institut allemand Alfred Wegener (AWI), sur le site de l’Ekström-Schelf, recouvert d’une couche de glace de 200 mètres d’épaisseur. Les navires de ravitaillement ne peuvent atteindre la plate-forme de recherche inaugurée en février 2009 que quatre mois par an, après quoi la surface de glace qui recouvre l’océan antarctique se referme et la saison des tempêtes commence. À la station, la saison d’hibernation dure 15 mois. Le complexe a une capacité maximum de onze personnes, mais l’équipage habituel ne comprend que neuf hommes et femmes.
L’équipe de recherche se compose de quatre scientifiques spécialisés en météorologie, géophysique et chimie de l’air ainsi que de trois ingénieurs spécialisés en mécanique, en électrotechnique et en TIC. Auxquels s’ajoutent un cuisinier et un médecin. Ce dernier est en même temps le responsable de la station. « Nous vivons ici plus ou moins en colocation », dit Gerhard Weigand qui assume ce poste à responsabilité. À la différence près que les colocataires ne se sont pas choisis. « Malgré cela, il n’y a guère de tensions car, en fin de compte, nous avons tous des intérêts similaires et une tâche commune » affirme le médecin. Par temps ensoleillé et une température ambiante de près de 20 °, il règne une bonne ambiance sur la glace. C’est une commission d’experts de l’Institut Alfred Wegener qui décide qui peut faire des recherches en Antarctique. Le sexe et la nationalité ne jouent aucun rôle, l’important étant la qualification requise pour la tâche à effectuer. « et une condition psychique aussi stable que possible », explique M. Saad El Naggar, directeur scientifique et technique des plates-formes de recherche à l’AWI et responsable de la construction de la nouvelle station Neumayer. Le contrat régissant l’opération en Antarctique est de deux ans. Avant le départ de l’expédition pour le Pôle sud, les scientifiques et les techniciens prennent part à un vaste programme d’entraînement et suivent un cours de protection de l’environnement. Les chercheurs auxiliaires qui travaillent durant les mois d’été, soit à la station, soit pour la station, doivent également participer à des stages de formation. De la mi-novembre à la mi-mars, Neumayer III peut héberger jusqu’à 50 personnes ou les ravitailler dans un rayon allant jusqu’à 500 kilomètres. Construite pour servir de centre logistique, la station dispose d’un parc de véhicules à chenille, de grues mobiles et de traîneaux de charge. De surcroît, elle est à même de fournir des tentes conçues pour l’Antarctique et des paquets de vivres en vue de longues expéditions.
La tâche primordiale de la station est toutefois de poursuivre les séries de mesurages amorcés aux stations précédentes Georg von Neumayer (1981–1992) et Neumayer II (1992–2009). « Sauvegarder les recherches à long terme est une tâche importante pour les générations futures », dit M. Weigand. Bien que les chercheurs exploitent sur-le-champ les nouvelles données, les scientifiques ne pourront peut-être en tirer les bonnes conclusions que dans cent ans. Et d’ajouter : « Nous espérons que nos travaux permettront de constituer des archives relativement complètes sur le développement de l’atmosphère terrestre, sur le climat ainsi que sur la tectonique des plaques ». Pour les recherches requises à cet effet, quatre observatoires fonctionnent à régime permanent. « Nous lançons tous les jours des sondes qui enregistrent le profil de l’atmosphère durant leur ascension », nous explique M. El Naggar. Elles nous fournissent des informations tant sur la composition des gaz et la pollution atmosphérique que sur l’évolution de la couche d’ozone. Et, aux fins d’analyses météorologiques, ces sondes mesurent la température, la pression atmosphérique, l’humidité ainsi que la vitesse et la direction des vents. Les séismes terrestres et glaciaires sont aussi enregistrés. La station Neumayer est équipée d’un champ de mesures d’infrasons faisant partie du Système international de surveillance (IMS) qui est chargé de surveiller les activités atomiques tels que les essais nucléaires. Ces données sont transmises directement en ligne à l’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (CTBTO), à Vienne, où elles sont exploitées par des experts.
La station Neumayer III a été conçue pour une durée d’exploitation d’au moins 25 ans. Elle ne laissera aucune trace dans l’environnement car sa construction prévoit un démontage intégral. Cette plate-forme de recherche offre à ses habitants nettement plus de confort que ses deux prédécesseurs. « Ce que nous avons surtout maintenant, ce sont des fenêtres », dit le directeur Weigand d’un air réjoui. Pouvoir regarder dehors est un énorme soulagement sur le plan psychique même si l’on ne voit pas le soleil pendant deux mois en hiver. Il y a tout de même une chose qui manque à l’équipe séjournant dans la glace éternelle : c’est une assiette de salade fraîche.














