Professeur Parzinger, les Musées nationaux de Berlin ont réalisé une belle année. En 2007, ils ont enregistré 30 % de visiteurs de plus que l’année dernière. Pourquoi?
D’une part, les grandes expositions jouent un rôle important. L’année dernière, nous avons présenté dans la Neue Nationalgalerie une grande exposition sur les impressionnistes français, «Die schönsten Franzosen», avec des œuvres venues du Metropolitan Museum à New York. Ça a été un immense succès. D’autre part, le tourisme a une forte influence sur le nombre de visiteurs, l’Ile aux musées joue naturellement un grand rôle dans ce domaine, tout le monde veut voir Néfertiti et l’Autel de Pergame. Lorsque le Neues Museum rouvrira en 2009, nous aurons un centre d’attraction supplémentaire qui attirera encore plus de visiteurs. Mais nous touchons déjà à nos limites et avons instamment besoin du nouveau bâtiment d’accueil pour mieux diriger les flots de visiteurs et offrir des services modernes, adaptés à un complexe muséal aussi éminent.
L’avenir appartient-il aux expositions extrêmement populaires?
Nous ne devrions pas nous sentir obligés d’organiser chaque année des expositions attirant les masses. Nous avons aussi nombre d’autres expositions qui sont très importantes. Si nous réalisons une ou deux grandes expositions qui attirent des visiteurs qui ne vont jamais dans les musées et y prennent ainsi goût, c’est formidable. Mais nous ne devrions pas chercher à faire toujours plus grand. Car une préparation scientifique sérieuse de l’exposition finirait par en faire les frais. Le succès de l’exposition actuelle sur Babylone au Pergamonmuseum montre en tout cas que le sérieux scientifique et le grand public ne s’excluent pas lorsque la conception de l’exposition et la publicité qu’on lui fait sont bonnes.
Le nombre total des œuvres exposées dans les musées de la SPK s’élève à plusieurs millions. Il manque pourtant nombre de pièces qui sont restées en Russie après la guerre. Lors de vos travaux de recherche, vous avez noué de bons contacts. Beaucoup espèrent que vous puissiez obtenir des restitutions.
La question des œuvres dérobées pendant la guerre est une affaire politique délicate dans laquelle le gouvernement fédéral mène les négociations. La chose n’est pas plus aisée par le simple fait que j’ai de bonnes relations et parle bien la langue. Mais, au niveau professionnel, nous nous efforçons de coopérer, par exemple dans le cadre du «dialogue germano-russe des musées». Le 30 octobre, les musées allemands concernés commémoreront «pertes et restitutions» lors d’une cérémonie à Berlin. Il y a 50 ans, l’Union soviétique a restitué 1,5 millions d’objets à la RDA, dont l’Autel de Pergame. L’Ile aux musées serait assez vide sans ces restitutions. Nous voulons témoigner de notre reconnaissance pour ce geste. A cette occasion, nous rappellerons aussi, bien sûr, qu’un peu plus d’un million d’objets sont encore en Russie. Mais il est plus important de renforcer les fondements de la confiance, par exemple avec des projets scientifiques germano-russes, des programmes d’échange ou des expositions. Bien des choses sont en cours; nous préparons par exemple une exposition commune sur l’âge de bronze avec le Musée Pouchkine, le Musée historique à Moscou et l’Hermitage. Peut-être trouverons-nous un jour une solution, quelle qu’elle soit.
Les musées berlinois ne sont pas les seuls à faire partie de la SPK. Mais certains organismes s’épanouissent plutôt dans la discrétion. Qu’est-ce qui unit toutes les institutions de la fondation?
C’est là un aspect important. Beaucoup pensent que la fondation est une sorte de holding des musées parce qu’ils sont bien sûr très visibles avec leurs seize collections. Mon objectif est de d’ancrer plus fortement la SPK, avec tout ce qui en fait partie, dans le domaine public. Cela commence par le marketing de la marque et l’image d’entreprise. Nous voulons aussi publier notre propre magazine pour mieux faire comprendre l’ensemble de la fondation avec ses innombrables trésors et tout son potentiel. Il est également important de mieux mettre les institutions en réseau. Pour l’exposition sur Babylone, les musées ont coopéré entre eux, ainsi qu’avec la Bibliothèque nationale et l’Institut ibéro-américain. Les organismes doivent plus souvent réfléchir et agir ensemble.
Qu’est-ce qui différencie la SPK d’autres grandes institutions culturelles?
Deux de nos caractéristiques sont uniques au monde: la première, c’est que la fondation, avec tous ses organismes, travaille à l’interface entre l’art et la culture d’une part et la science et la recherche d’autre part. A l’avenir, j’aimerais mettre l’aspect scientifique encore plus en avant. La deuxième caractéristique est qu’il n’existe aucun autre organisme culturel, que ce soit à Washington, Londres ou Paris, qui réunit sous une même égide des musées, des bibliothèques et des archives de cette dimension. Nous voulons mettre en lumière cette réunion de domaines différents. Nous créons par exemple actuellement pour la fondation un portail Internet qui présente l’ensemble des univers de la SPK et les rend virtuellement tangibles.
Le nom Stiftung Preussischer Kulturbesitz est un peu rébarbatif. Ne fait-il pas obstacle à une orientation vers l’avenir?
Le mot Preussischer (prussien) dans le nom ne me dérange pas du tout. La Prusse a souvent été beaucoup plus moderne que bien d’autres Etats. Mais il est d’autant plus important de se présenter comme un organisme dynamique quand on porte un nom empreint d’une telle tradition. Nous ne voulons pas avoir une image poussiéreuse. Nous sommes un organisme culturel et scientifique moderne qui coopère avec les organismes les plus divers en Allemagne et dans le mode entier dans tous les domaines possibles; nous abordons aussi les questions pressantes de notre époque.
C’est à cela, entres autres, que doit servir le futur Humboldt-Forum dans le Stadtschloss en cours de reconstruction à Berlin. Que trouvera-t-on à l’intérieur de cette enveloppe baroque?
Nous ne voulons pas seulement réunir musées et bibliothèques dans un même édifice mais créer un centre culturel vivant permettant de faire l’expérience de l’art. Ce genre de maison n’existe nulle part ailleurs. On pourrait peut-être le décrire comme une sorte de Centre Pompidou globalisé du XXIe siècle. Lorsque les visiteurs arriveront par l’Agora, cette «porte sur le monde», ils entreront en contact avec la diversité fascinante du monde non-européen. Il y aura du cinéma, du théâtre et de la musique, un grand programme de manifestations portant sur des thèmes multiples qui éveilleront la curiosité. Le premier étage est consacré aux «ateliers du savoir» avec les collections d’histoire des sciences de l’université Humboldt, les fonds de la Landes- und Zentralbibliothek de Berlin – qui attire déjà des milliers de lecteurs – et les bibliothèques de recherche des musées de Dahlem. Tout cela est mis à la disposition des chercheurs mais sera également ouvert au public. Nous montrons aussi les collections du Musée d’ethnologie et du Musée d’art asiatique. Il y aura également un espace d’exposition pour les grands thèmes de l’humanité comme les migrations ou l’avenir des villes. Nous aimerions aussi inviter des scientifiques du monde entier à venir travailler ici.
Et tout cela doit être réalisé d’ici à 2013?
C’est l’objectif vers lequel nous tendons de toutes nos forces. Mais l’essentiel, c’est que le résultat sera excellent. Et ce n’est pas un drame si ce ne sera qu’en 2015. Le 25e anniversaire de l’unité allemande serait une bonne date pour offrir au centre de notre ville quelque chose d’aussi symbolique et d’aussi riche d’avenir.















