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Vers une élection régionale à suspense le 9 mai

La Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Land le plus peuplé et le plus dense d'Allemagne, est à la veille d'un scrutin régional incertain. Le 9 mai, ses quelque 18 millions d'électeurs doivent renouveler leur parlement régional et déterminer la couleur de la coalition qui les gouvernera pendant cinq ans. À l'échelle nationale, leur choix aura un impact direct sur la composition du Bundesrat, la chambre des Länder qui doit valider une grande partie des lois fédérales. À une semaine du scrutin, le jeu semble totalement ouvert.

Le Land le plus peuplé d'Allemagne vote

La campagne électorale voit s'affronter deux fortes personnalités. Le ministre-président sortant, le chrétien-démocrate Jürgen Rüttgers, 58 ans, est une voix qui compte au sein de la CDU, dont il incarne la tendance sociale. Il gouverne le Land depuis cinq ans et intervient régulièrement dans le débat politique national. Sa principale adversaire, la sociale-démocrate Hannelore Kraft, 48 ans, aime, elle, jouer sur la signification de son nom ("force" en allemand). Dynamique chef de file de l'opposition, fine tacticienne, cette économiste de formation, qui a conservé son accent de la Ruhr, a occupé plusieurs postes ministériels dans les gouvernements régionaux et se rêve désormais dans le rôle de la première femme ministre-présidente du Land.

À première vue, les lignes semblent claires. Jürgen Rüttgers souhaite continuer à diriger le Land avec les libéraux du FDP. Une ambition qu'Hannelore Kraft lui dispute en alliance avec les Verts. Mais, selon les spécialistes de l'opinion, les électeurs pourraient bien faire voler en éclats ces scénarios traditionnels. Car, comme dans la plupart des élections en Allemagne, il faut désormais compter avec l'émergence d'une cinquième force politique : La Gauche (Die Linke). Si Die Linke passe la barre des 5% des voix, ce qui probable, ni la CDU, ni le SPD ne pourraient sans doute gouverner, en cas de victoire, avec leur partenaire de prédilection.

Duel au coude à coude

Les derniers sondages donnent ainsi l'image d'un duel au coude à coude dont l'issue est plus ouverte que jamais. La CDU (39%) et le FDP (7%) ne recueilleraient ensemble que 46% des intentions de vote, selon un sondage Forsa publié le 28 avril dans le magazine "Stern". Le SPD (33%) et les Verts (10%) en recueilleraient 43%. Crédité de 6%, Die Linke viendrait ainsi troubler la fête. D'autant que les candidats n'excluent finalement aucune option de manière catégorique pour former une coalition. Selon le vote des électeurs, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie pourrait ainsi être gouvernée par une coalition CDU-FDP, une alliance SPD-Verts ou une grande coalition CDU-SPD - mais aussi, en théorie, par des coalitions novatrices associant la CDU et les Verts, ou bien le SPD, les Verts et Die Linke.

Enjeu national

Quel qu'il soit, le choix des électeurs aura des conséquences au niveau national. Le gouvernement de Rhénanie-du-Nord-Westphalie occupe six sièges sur 69 au Bundesrat, l'assemblée qui doit approuver plus de la moitié des lois fédérales. Une défaite de M. Rüttgers entre le Rhin et la Weser, ou un changement de son partenaire de coalition viendraient ainsi grignoter la majorité déjà courte dont dispose la coalition d'Angela Merkel : 37 voix, soit deux de plus que la majorité absolue. Dans ce cas, le gouvernement allemand aurait plus de difficultés à faire passer ses projets de réformes. Il serait sans doute poussé à faire des compromis sur des domaines tels que la réforme de la fiscalité ou la santé, par exemple.

Symbole

Une défaite du ministre-président sortant aurait, en outre, une dimension symbolique. La Rhénanie-du-Nord-Westphalie, ancien bassin minier, est un bastion historique du parti social-démocrate. M. Rüttgers le lui avait ravi de haute lutte en 2005. La défaite avait conduit le chancelier Gerhard Schröder à convoquer des élections législatives nationales anticipées qui provoquèrent un changement de majorité.

Les clés du scrutin dépendront toutefois en grande partie d'enjeux régionaux. Le bilan de M. Rüttgers, sa popularité mais aussi une affaire de sponsoring qui a récemment touché la CDU du Land joueront un rôle auprès des électeurs, de même que les projets d'avenir. La droite et la gauche s'opposent, en particulier, sur la nécessité d'un salaire minimum et sur l'éducation. Ce thème a d'ailleurs occupé une large part du débat télévisé entre les cinq têtes de listes, mercredi dernier. Les partis de gauche veulent renforcer l'égalité des chances et l'accès aux diplômes en créant une école "unique" ("Gemeinschaftsschule"). La CDU et le FDP tiennent au contraire à la sélection et à l'orientation scolaire précoces, qui filtrent notamment les élèves avant l'entrée au lycée. Ils mettent en garde contre une "guerre scolaire".

© CIDAL

30.04.2010
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