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Mondial 2010

« L’Afrique du Sud est bien préparée »

Une interview de Dieter W. Haller, ambassadeur d’Allemagne en Afrique du Sud, sur la joie régnant en amont du Mondial de football, les perspectives de développement pour l’Afrique, le soutien de l’Allemagne et les chances de l’équipe nationale sud-africaine

Interview: Oliver Sefrin

Le Mondial de football 2010 débutera le 11 juin en Afrique du Sud. D’après vous, quelle est l’ambiance dans le pays d’accueil, à quelques semaines de ce grand événement sportif ?

L’ambiance qui règne en Afrique du Sud est comparable à celle qui régnait en Allemagne au printemps 2006. Le suspense et la joie anticipée augmentent chaque jour. Les journaux, les affiches et les bannières publicitaires sont remplis de reportages et de photos de la Coupe du Monde. Les Sud-Africains se réjouissent d’accueillir le monde entier. Nombreux sont toutefois ceux qui, comme c’était le cas il y a quatre ans en Allemagne, ne se rendent pas encore compte à quel point les 31 journées de la Coupe seront grandioses, que tout tournera autour du Mondial et que l’Afrique du Sud sera le point de mire du public international. Sans compter qu’ils s’inquiètent des perspectives de Bafana Bafana, leur propre équipe.

Quelle est l’importance de cette compétition mondiale pour le pays ?

À l’instar de l’Allemagne, l’Afrique du Sud voudrait se présenter au monde comme un pays moderne, hospitalier et dynamique. Mais l’ambition des organisateurs va plus loin : ce sera un Mondial africain. Le continent tout entier devrait apparaître sous un jour plus moderne et meilleur. Tout comme nos victoires aux championnats du monde 1954 en Suisse et 1990 en Italie – à quelques mois de la réunification – et le « conte d’été » 2006 ont con­tribué à forger la cohésion nationale de l’Allemagne, le Mondial est censé unifier la nation arc-en-ciel qu’est l’Afrique du Sud. Cela s’est déjà produit une fois en 1995, lorsque l’équipe sud-africaine de rugby est sortie victorieuse sur son propre terrain, sous les yeux du président Nelson Mandela.

Dans quels domaines le Mondial fera-t-il progresser le développement de l’Afrique du Sud ?

En 2004, lorsque la FIFA a attribué le Mondial 2010 à l’Afrique du Sud, le gouvernement sud-africain a mis sur les rails un gigantesque programme d’investissement. Le Mondial coûtera environ 3 milliards d’euros. Et le développement de l’infrastructure publique, à savoir les routes, les voies ferrées, les aéroports et les télécommunications, totalisera plus de 70 milliards d’euros. Tout cela ne servira pas qu’aux hôtes étrangers pendant la Coupe, mais constituera la base sur laquelle reposera le développement économique dynamique de l’après-Mondial.

La Coupe du Monde en Afrique du Sud est en même temps une première sur le continent africain. Quel sera le rayonnement de la compétition sur les autres pays d’Afrique ?

Les Africains sont au moins aussi emballés par le foot que nous. La participation de six équipes africaines à un Mondial est du jamais vu. Les équipes africaines n’ont encore jamais eu de tels atouts de succès. Qui sait, 2010 sera peut-être l’année du premier champion du monde de football africain. Les succès rem­portés par les équipes africaines susciteraient la fierté et l’enthousiasme sur tout le continent. Qui plus est, les États voisins de l’Afrique du Sud profiteront des nombreux touristes qui logeront chez eux.

Dans quelle mesure l’Allemagne, en sa qualité de pays hôte du Mondial 2006, a-t-elle aidé l’Afrique du Sud à préparer la Coupe et transmis son savoir en matière d’organisation d’une telle compétition ?

Depuis 2004, les experts allemands et sud-africains sont en contact étroit notamment dans les lieux de rencontre, au niveau de la police, de la prévention des catastrophes et des sapeurs-pompiers. Jusqu’au Mondial 2006 et durant la Coupe, ces rencontres ont surtout eu lieu en Allemagne. Depuis 2006, il y a beaucoup d’échanges en Afrique du Sud. Nous proposons notre aide là où l’Afrique du Sud en a besoin. Plus de soixante-dix experts allemands se sont rendus sur place à titre de conseillers. Notons, de surcroît, que l’organisateur en chef du comité allemand d’organisation 2006, Horst R. Schmidt, a été chargé par la FIFA de conseiller le comité d’organisation sud-africain.

En Afrique, le pays d’accueil du Mondial est en même temps le premier partenaire économique de l’Allemagne. Le Mondial a-t-il fourni de nouvelles impulsions à ce partenariat ?

Sur les dix stades du Mondial, tous nouvellement construits, les entreprises allemandes ont apporté une contribution décisive à trois d’entre eux. Le bureau d’architectes hambourgeois gmp a bâti les stades fantastiques du Cap, de Durban et de Port Elizabeth en utilisant notamment des produits allemands. Ceci dit, l’économie allemande participe également aux préparatifs du Mondial. Ce n’est pas le fruit du hasard. Il y a longtemps que l’Allemagne est le plus grand investisseur et un partenaire commercial très important. Des centaines de sociétés allemandes sont représentées en Afrique du Sud.

Dans le cadre du Mondial, l’Allemagne manifeste son engagement en Afrique du Sud par divers projets sociaux. Où sont les priorités ?

Surtout du côté des jeunes. Près de la moitié des Sud-Africains ont moins de 20 ans. Ils espèrent que la vie leur ouvrira des perspectives et des occasions de développer leurs talents. L’enthousiasme que suscite le Mondial de football est une magnifique occasion que nous voulons saisir. Dans le projet de la GTZ ‚ Youth Development through Football‘, nous transmettons par le biais du football des valeurs morales et des perspectives à des garçons et filles de toute l’Afrique du Sud et au-delà.

Qu’en est-il de votre enthousiasme personnel pour le foot et le Mondial ?

Je suis un grand supporter de foot. Dans mon pays, la Souabe, mon soutien va au club SpVgg Trossingen et, en tant que Berlinois d’élection, mon cœur bat pour Tennis Borussia. Et cela ne concerne pas seulement le sport  : ce que nos clubs de foot font pour les jeunes est exemplaire. Pour ce qui est du Mondial, ce qui est vraiment bien, c’est que les outsiders peuvent aussi tenter leur chance. Qui eût cru, il y a des années, que les nouveaux venus de jadis se mesureraient aujourd’hui avec les toutes grandes équipes? Je me réjouis d’ores et déjà de voir jouer tout particulièrement les équipes africaines. En croisant les doigts à la fois pour Bafana Bafana et pour notre équipe.

À propos du Mondial 2006 en Allemagne, beaucoup de gens ont parlé d’un conte d’été. Le Mondial 2010 sera-t-il un conte d’hiver africain ?

L’Afrique du Sud est bien préparée au Mondial. Les stades sont achevés, les préparatifs presque terminés. Je souhaite aux hôtes sud-africains le brin de chance que nous avons eu pour notre conte d’été : du beau temps, quand le soleil avait-il brillé pour la dernière fois 30 jours d’affilée en Allemagne ? Aucun malheur et une équipe suscitant l’enthousiasme.

Que pensez-vous des capacités de l’équipe nationale sud-africaine?

Bafana Bafana a deux mois de plus que les équipes européennes pour se préparer. En avril, l’équipe sud-africaine viendra passer plusieurs semaines en Allemagne pour s’entraîner et se préparer dans toutes les règles de l’art. L’Afrique du Sud a un grand nombre de footballeurs de talent. Je crois que Bafana Bafana a de quoi étonner ses propres supporteurs et le monde entier.

Et qu’attendez-vous de l’équipe allemande ?

L’Allemagne fait certainement partie des favoris. Notre équipe est une équipe de compétition. Je suis convaincu que nous arriverons, cette fois-ci aussi, dans les premiers.

Assisterez-vous le 11 juillet à la finale du Mondial à Johannesburg?

Si l’équipe allemande est dans le groupe de tête, certainement.

Votre tuyau: qui sera champion du monde ?

J’espère que les matchs seront pleins de suspense et je crois qu’ils nous réserveront des surprises. Le niveau de jeu s’est largement harmonisé. Lors de la Coupe de la Con­fédération, l’Égypte a battu le dernier champion du monde, à savoir l’Italie. Patientons un peu !

04.03.2010
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