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Des hip-hoppeurs allemands enseignent leur langue

Des sons rauques à Rennes

Un projet musical : des musiciens de la Popakademie de Mannheim donnent cours à des élèves européens en allemand pour le compte du ministère fédéral des Affaires étrangères

Par Varinia Bernau

Si, pour certaines stars du rock, le succès vient du jour au lendemain, pour la fillette de 11 ans, Rym, il est venu un beau jour d’automne 2008, à l’école : alors que, le matin même, cette élève de première d’une école de Rennes tenait en main sa première guitare électrique, le soir, elle était déjà sur scène. Une carrière si fulgurante qu’elle n’a même pas eu le trac. « Nous avons préparé tout le concert en allemand », dit-elle avec fierté. Elle n’apprend l’allemand que depuis deux mois, mais les mots les plus importants, elle les sait déjà ; et de compter « eins, zwei, drei » (un, deux, trois) en battant la me­sure du pied. Elle fait partie des quelque 160 élèves d’allemand du Lycée Zola, à Rennes. Tout comme sept autres écoles en France, cette école a été sélectionnée pour participer à l’initiative « Les écoles, partenaires de l’avenir » lancée par le ­ministère des Affaires étrangères. Une partie du projet sont les cours de musique à la hip-hop. Les enseignants viennent de la Popakademie de Mannheim. Les écoles participantes bénéficiant de ces subventions sont censées proposer plus de cours d’allemand. L’objectif visé est de pro­mouvoir l’enseignement de l’allemand dans le monde entier : en instaurant des stages pour enseignants, des parte­nariats scolaires et de nouvelles formules didactiques.

La Popakademie a instauré le cursus de ­design en musique pop. Une première en Allemagne. En 2007, cet établissement – auquel donnent parfois cours les grands du pop allemand, à savoir Xavier Naidoo et Udo Lindenberg – a invité pour la première fois des élèves de la région de Mannheim à des ateliers musicaux. Faire de la musique ensemble stimule la créativité, dit-on. Dès lors, pourquoi la musique pop ne serait-elle pas l’ambassadrice de l’Allemagne et de sa langue ?

Les onze étudiants de la Popakademie qui enseignent au Lycée Zola s’y connaissent en mesure, mais pas en français. C’est pourquoi ils donnent leurs instructions en allemand. Quand ils parlent d’un son aigu, ils lèvent le doigt en l’air ; pour un son grave, ils montrent le sol. Le mot Finger (doigt), Rym l’a appris en faisant des accords à la guitare. « Ce que les ­élèves veulent avant tout, c’est mettre sur pied un concert », dit Catherine Gaillou, de la Popakademie, « et ils ne ­remarquent même pas à quel point l’allemand est présent ».

Ici, on aime à rappeler que jadis, l’écrivain François-René de Chateaubriand allait en classe au Lycée Zola. La lecture de Hölderlin et d’Eichendorff leur est plus proche que l’allemand du hip-hop. Et pourtant : « Ceci est plus vivant et plus proche du quotidien des jeunes », dit Raphael Gitton qui, enseignant l’histoire en allemand, explique en quoi ces cours sont attirants. « Les ateliers musicaux montrent à merveille aux élèves que l’allemand est une langue cool et bien vivante », renchérit avec conviction Catherine Galliou, de la Popakademie. Elle a, elle-même, fait ses classes en France et connaît la réputation élitiste du cours d’allemand. Or la Popakademie a suscité lors de sa tournée plus d’enthousiasme que Galliou n’avait prévu. À Reims, le directeur, un quinquagénaire, s’est précipité un soir sur la scène pour faire du rap.

Si l’on en croit le professeur Gitton, les parents des élèves se rendent parfaitement compte du côté sérieux que recèle cet amusement apparent. L’admission au programme coordonné par le Goethe-Institut a eu l’effet d’un label de qualité pour le travail pédagogique de l’école. L’Allemagne est le premier partenaire commercial de la France et, actuellement, nombre de postes cadres ne sont pas pourvus dans l’économie française vu le manque de connaissances linguistiques des candidats.

Le Goethe-Institut, qui assure la coordination du programme, a sélectionné dans 80 pays les écoles offrant des conditions particulièrement favorables à l’enseignement de l’allemand. Au printemps 2009, les rappeurs allemands enseigneront dans certaines d’entre elles. Leur tournée en France a eu un tel succès qu’ils comptent transmettre les sons rauques du hip-hop également à des élèves italiens, espagnols et portugais. Dès mars 2009, ils se rendront de Trieste à Palerme en passant par Milan, Florence et Rome. En outre, les premiers ateliers musicaux ont fait naître une nouvelle idée : les orchestres scolaires de ces quatre pays peuvent présenter leurs propres chansons écrites en allemand. Les quatre orchestres les plus éloquents iront en août 2009 à un stage d’entraînement à Mannheim.

04.02.2009
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