1 //Madame Weissenberger-Eibl, qu’entendez-vous par innovation ?
Cette notion est souvent comprise au sens très étroit de nouveauté technologique. Notre perception, au Fraunhofer ISI, va plus loin. Elle englobe les innovations dans les services et les processus ainsi que sur le plan de l’organisation. Nous prenons la notion d’« innovation » dans sa plus large acception possible et ne nous contentons pas d’examiner les nouveautés en matière de produits et l’accueil qui leur est réservé sur le marché, mais nous analysons l’impact possible d’une innovation sur les services, sur d’autres secteurs économiques, sur le système social et sur notre société.
2 //Quand une bonne idée est-elle une véritable innovation ?
On ne parle d’innovation que lorsqu’on a affaire à une nouveauté commercialisable. Pour que cela puisse marcher il faut, dès que l’idée germe, mettre sur les rails un processus si possible planifié systématiquement. Pour pouvoir à la fois structurer la recherche d’idées et gérer les innovations au sein d’une entreprise, il convient de mettre en place une culture de l’innovation profitable.
3 //Quel est le climat d’entreprise qui favorise l’innovation ?
Les équipes interdisciplinaires associant ingénieurs et physiciens en passant par les spécialistes des sciences humaines sont un facteur important. S’ajoutent à cela les marges de manœuvre que donnent à dessein les entreprises. Et le courage : certains processus doivent être mis en route même s’ils ne marcheront peut-être pas tout de suite.
4 //Pouvez-vous donner un exemple d’innovation réussie ?
Dans le secteur automobile, je citerai les freins en céramique. Miser, pour les freins, sur un autre matériau tout en augmentant leur puissance a été une démarche fondamentale. Cet exemple montre, en outre, que de petits changements d’ordre technique permettent de découvrir de nouvelles propriétés de matériaux susceptibles d’être appliquées à des secteurs très divers.
5 //Les sociétés allemandes sont-elles considérées comme innovantes à l’étranger ?
Certains critères présidant à l’image d’innovations commercialisables sont également très bien vus à l’étranger. Il ne s’agit pas seulement d’innovations de produits, mais de faisceaux de performances, donc de produits combinés avec des modèles économiques et des offres de services.
6 //D’après vous, quels sont les secteurs porteurs ?
Il s’agit essentiellement du secteur primordial engendré par l’interaction de la biotechnologie, la nanotechnologie et la technologie de l’information. Où l’on voit bien que le produit, le service et le modèle économique forment un tout. Il est intéressant de constater que ce sont surtout la construction mécanique traditionnelle et la construction de véhicules qui ont décelé des potentiels dans ce domaine. Chacun de ces secteurs apporte ses points forts, élargit son savoir-faire et contribue par là à l’avancée de nouvelles technologies.
Fiche personnelle
Depuis avril 2007, la professeure Marion A. Weissenberger-Eibl dirige l’Institut Fraunhofer d’Étude des Systèmes et de l’Innovation (Fraunhofer ISI). Gestionnaire d’entreprise, elle est, depuis six ans, titulaire de la chaire de gestion de l’innovation et de la technologie à l’Université de Kassel.
À Karlsruhe, à l’Institut Fraunhofer d’Étude des Systèmes et de l’Innovation (Fraunhofer ISI) – l’un des instituts leaders dans ce domaine en Europe – la professeure Weissenberger-Eibl et ses collaborateurs analysent les conditions et l’impact des innovations sur la société. La futurologie, la recherche sur les systèmes et le consulting politique, tels sont les trois domaines dans lesquels l’équipe interdisciplinaire d’ISI, répartie dans six centres de compétence, prépare ses recommandations et effectue ses analyses en s’appuyant sur des méthodes quantitatives et qualitatives. L’institut entend être un précurseur indépendant au service de la société, la politique et l’économie, et aider les décideurs à poser des jalons stratégiques.
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