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Un nouveau centre scientifique lutte contre la démence

Recherche contre l’oubli

Le Centre allemand de lutte contre les maladies neuro-dégénératives est le seul établissement d’Europe qui se consacre à la lutte contre la démence Recherche

Par Simone C. Mennemeier

Cela commence par de petites choses que l’on oublie. De fausses associations dans le souvenir. À un moment donné, la personne concernée ne sait même plus qui elle est. L’oubli devient une maladie : la démence. À titre d’exemple, la maladie d’Alzheimer qui, sous sa forme la plus fréquente, atteint les personnes de plus de 65 ans. Le nombre de personnes souffrant d’une maladie neuro-dégénérative encore incurable ne cesse d’augmenter. Rien qu’en Allemagne, on dénombre environ un million de déments. Auxquels s’ajoutent chaque année 200 000 nouveaux cas. Jusqu’ici, on ne parvient qu’à retarder l’évolution de la maladie avec des médicaments.

Faire avancer la recherche dans ce domaine, tel est l’objectif que s’est fixé le tout nouveau Centre allemand de lutte contre les maladies neuro-dégénératives (DZNE) créé à Bonn. « Notre centre sera unique en Europe, tant par sa taille que par la diversité de la recherche », dit le responsable de la fondation du centre, le professeur Pierluigi Nicotera, qui avait commencé par étudier les mécanismes provoquant des lésions de cellules nerveuses à l’Université de Leicester en Grande-Bretagne, à l’Institut Karolinska en Suède et à l’Université de Constance.

L’idée d’un centre scientifique permettant de lier étroitement pour la première fois la recherche fondamentale et ses applications pratiques a surgi en 2007. C’est à ce moment-là que le gouvernement fédéral décida de créer le Centre allemand de lutte contre les maladies neuro-dégénératives. Ce qui fut fait en juin 2008. Ce centre est le premier grand concept d’exploration systématique d’affections telles que la maladie d’Alz­heimer, a déclaré la ministre fédérale de la Recherche, Annette Schavan, lors de son inauguration.

Le DZNE, qui fait partie de la Communauté Helmholtz, regroupera des experts avérés et coopérera étroitement avec les cliniques avoisinantes, les universités, les instituts Max-Planck et l’industrie. Disposant d’un budget annuel de quelque 66 millions d’euros, c’est la première institution d’Europe qui a connecté en réseau toute la gamme de la recherche et l’a transmise à la pratique thérapeutique en vue d’améliorer la qualité de vie des patients et de leur famille. L’Allemagne doit jouer un rôle de précurseur en Europe. « Nous devons aussi définir des normes standard à l’échelle européenne en matière de thérapies et de saisie de données sur la maladie », dit le spécialiste italien de la démence, M. Nicotera. L’une des premières tâches du DZNE consiste donc à créer un registre national des maladies neuro-dégénératives pour pouvoir suivre de plus près leur fréquence et leur évolution. En outre, un centre d’information sera mis sur pied qui servira à la fois d’interlocuteur aux familles soignant des patients déments et de source d’information aux médecins installés à leur compte. De surcroît, une clinique de jour pour déments sera créée à Bonn. Tout cela permettra d’obtenir des informations importantes pour la recherche clinique sur l’évolution de la maladie, informations qui seront corroborées, par exemple, par des IRM cérébrales régulières.

Font partie du centre de Bonn sept sites allemands sis notamment à Göttingen, Munich et Dresde et qui privilégient des domaines de recherche distincts. « Ce nouveau concept nous permet de mobiliser les meilleures compétences en Allemagne et à l’étranger et de supprimer la séparation classique entre la recherche universitaire et non-universitaire. Nous unissons les différents partenaires en un tout gigantesque », affirme M. Nicotera. Au site de Bonn, le DZNE bénéficiera également d’institutions scientifiques marquantes. Citons notamment les cliniques universitaires de neurologie, psychiatrie et épileptologie sises à Bonn, le Centre de recherche Caesar, le tout nouvel Institut Max-Planck de biologie du vieillissement à Cologne, la recherche gériatrique à l’Université de Cologne et le Centre de recherche de Jülich.

Il n’existe nulle part ailleurs de Centre à la poursuite d’un but commun et désireux de se consacrer à la science si intensément et au-delà des frontières. À l’heure actuelle, M. Nicotera cherche à attirer du personnel du monde entier à Bonn, suscitant un grand intérêt. La perspective d’une collaboration avec d’autres chercheurs éminents dans ce domaine constitue un attrait considérable : « C’est comme cela que les choses marchent à Harvard, et c’est aussi comme cela qu’elles marcheront chez nous. »

Quels sont les produits utiles auxquels peuvent s’attendre les patients ? Les types de thérapie de la maladie d’Alzheimer sont nombreux : les agents pharmacologiques classiques, les cellules souches, la thérapie génique, la vaccination. Mais il faudra attendre encore au moins 10 à 15 ans pour que les thérapies de base puissent être appliquées. D’ici à 2040, les affections neuro-dégénératives seront la deuxième cause de mortalité après les maladies cardio-vasculaires et avant le cancer. À 53 ans, le docteur Nicotera est confronté à une tâche ­gigantesque. « Il n’y a donc pas de temps à perdre », souligne-t-il. « Nous voulons éviter que la démence ne devienne le mal du siècle. »

23.07.2009
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