Sous le rasoir du barbier, les lettres du mot « Ghana » sont apparues sur la tête du supporter de foot. À Johannesburg, des journalistes vidéo visionnent rapidement cette séquence. Sa tête est zoomée lorsqu’il entre dans le salon de coiffure. Le coiffeur à Accra se saisit de la lame de rasoir et, à Johannesburg, passant sa main au-dessus de l’épaule d’un stagiaire, le formateur Michael Kraus coupe la séquence d’un clic de souris. « Nous voulons être le plus près possible de lui », explique le chargé de projet de la Deutsche Welle Akademie. Les journalistes apprennent à se servir d’une coupeuse de film numérique. Oboui, le supporter ghanéen fournit la matière première locale : le stage de trois semaines de la Deutsche Welle (DW) tourne entièrement autour du football. Le compte à rebours pour le coup de sifflet d’envoi du Mondial 2010 en Afrique du Sud a démarré.
Les journalistes sont préparés techniquement à l’événement phare qu’ils couvriront en 2010 en effectuant des tournages pour leur chaîne. « Les jeunes collègues sont tous rédacteurs et doivent à l’avenir savoir faire de petits montages », dit le formateur de la DW, Michael Kraus. Pour ce cours de production, la DW-Akademie a choisi ses stagiaires parmi les participants à d’autres ateliers qui ont attiré l’attention par leur engagement et leur fiabilité. Les 14 journalistes présents viennent d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine ainsi que du Proche-Orient et du Moyen-Orient – toutes régions dans lesquelles la DW-Akademie encourage le développement des médias. Pendant la première partie de leur stage à Johannesburg, les reporters de télévision, les producteurs et les cameramen apprennent à faire des recherches professionnelles, au sein de leur équipe multiculturelle, en vue de trouver des anecdotes qui serviront de toile de fond et de les traiter de manière audiovisuelle. Ces « historiettes d’intérêt humain » montrent l’Afrique du Sud et tout le continent sous un autre jour : ce sont les hommes, leur vie et leurs rêves dans une société montante qui sont à l’avant-plan. Pendant le Mondial 2010, les journalistes confectionneront, avec le concours de spécialistes, un portail en ligne qui diffusera leurs tournages dans le monde entier. Dans la classe voisine, le groupe s’est réuni autour d’une caméra de télévision. Les instructeurs chevronnés en expliquent les fonctions. Le Kenyan de 31 ans, Kimani Githae, est cameraman de la chaîne kenyane Citizen TV à Nairobi. Il veut en savoir plus sur la technique de prise de vues pour pouvoir travailler plus vite et mieux pendant le Mondial. Avoir un aperçu de la méthode de travail de ses collègues d’autres pays est un point supplémentaire et Farouk Kayondo, rédacteur ougandais d’actualités télévisées, ajoute : « Nous apprenons les uns des autres ».
Les pays en développement, eux, ne fourniront d’articles de fond détaillés sur le Mondial ni dans leurs programmes de télévision ni sur les portails en ligne de leurs chaînes. Or ce sont ces histoires qui revêtent de l’importance, affirme Andrea Rübenacker, responsable pour l’Afrique auprès de la DW-Akademie. « Elles apportent une portion d’Afrique du Sud au Vietnam ou au Bhutan et donnent une image plus complète de l’atmosphère qui règne dans le pays en montrant des rencontres avec ses habitants. » Et de souligner : « Ce cours de la DW est un projet spécial ». Dans le cadre de son soutien aux médias africains, la DW se concentre sur le journalisme « sensible aux conflits », particulièrement en Afrique de l’Est, et se mobilise en faveur des États qui font de sérieux efforts en matière de liberté des médias. Des déclarations d’intention et des objectifs de collaboration sont fixés avec les responsables d’entreprises de médias pour que la mise en œuvre des contenus et la création de nouvelles chaînes respectent les principes de la liberté de la presse. Savoir utiliser avec plus d’efficacité les fonds mis à leur disposition est un autre aspect primordial contribuant à assurer le succès de ce type de projets.
De par ses travaux, la Fondation Konrad Adenauer (KAS) à Johannesburg compte obtenir davantage du top management : « Il y a plusieurs années, nous avons proposé à des journalistes des cours aussi variés que possible. Maintenant, nous misons davantage sur les multiplicateurs dans le domaine des médias », dit Frank Windeck, responsable du programme des médias pour l’Afrique subsaharienne, à la KAS. Les directeurs des médias et les rédacteurs en chef sont le groupe cible. La 8e « Leadership Conference » de la KAS s’est tenue pour la première fois en Afrique de l’Ouest, au Ghana. Elle a fourni de nouvelles informations sur le paysage médiatique africain de demain. Les médias traditionnels ne peuvent pas se passer de « journalisme citoyen » ni des nouveaux médias, pense M. Windeck. À son avis, les médias traditionnels progressent en Afrique : « Il faut continuer à exploiter le potentiel considérable tout en installant davantage les nouveaux médias. » La KAS compte proposer l’an prochain, pour sa conférence, un cours en ligne qui permettra aux participants de bloguer, de communiquer par Twitter et de discuter. « Ceux qui ont grandi avec les médias numériques sont les décideurs de demain, nous devons les prendre en considération quand nous prenons des initiatives. »
La radio est encore le média le plus utilisé en Afrique. En 2009, la KAS a organisé un séminaire pour journalistes africains et allemands en collaboration avec l’Université Witwatersrand de Johannesburg et un programme destiné aux cadres moyens de la radio et qui était centré sur l’éthique et les pratiques en affaires. D’autre part, on songe à instaurer en Afrique du Sud des cours par correspondance à l’intention d’Africains, de journalistes et de managers. La mise en place par la KAS d’un centre de gestion des médias est encore un rêve.
Si l’on veut instaurer des démocraties stables, la liberté d’opinion et la liberté de presse sont incontournables. « Les médias libres et responsables accélèrent la mise en place d’une meilleure gouvernance car ils remettent en question les processus sociaux et contribuent à la formation d’une liberté d’opinion », affirme Astrid Kohl, directrice de l’Institut international de journalisme (IIJ) de l’organisation Inwent à Berlin. Cet institut donne à de jeunes journalistes d’avenir, originaires de pays en développement et en transition, l’occasion de perfectionner leur savoir journalistique et d’apprendre à mieux maîtriser les médias. Tout comme la DW-Akademie et la KAS, l’IIJ s’engage dans les pays réformateurs et finance chaque année 40 activités – stages et dialogues – destinées à des journalistes de la presse écrite et en ligne. De surcroît, des programmes d’échanges entre journalistes africains et européens apportent leur soutien à de nouveaux réseaux.
La formation dispensée par la DW a fourni également aux journalistes vidéo un aperçu plus réel des choses et des gens. Dans ses différents apports, le groupe a fait une description à la fois bonne et divertissante de la manière dont l’Afrique du Sud attend fébrilement le spectacle autour du ballon rond. Selon leurs instructeurs, les stagiaires sont prêts à affronter le Mondial. L’Ougandais Farouk Kayondo se sent parfaitement préparé pour son retour au pays en 2010 : « Je sais faire moi-même des prises de vue pour la télévision. Même si ce n’est pas mon travail quotidien, je suis capable de remplacer un collègue au pied levé. »














