Le jeune Abi se fait du souci pour son père. A-t-il perdu son âme ? Abi part à la recherche de Nyawara, une femme maléfique qui donne au jeune garçon six tâches à accomplir. Dans une course contre le temps, contre la mort et ses propres angoisses, Abi vient à bout de ces missions. Ce film fabuleux se passe au milieu des taudis de Kibera, l’un des plus grands bidonvilles d’Afrique. Les acteurs sont des amateurs venant des bidonvilles ; des cinéastes de Nairobi font partie de l’équipe de tournage. Soul Boy a été produit par l’Allemand Tom Tykwer qui s’est fait une réputation mondiale avec des films tels que « Cours Lola, cours » et « Le parfum ». C’est un projet pilote de la société de production « One Fine Day Films » fondée par Tom Tykwer et sa compagne Marie Steinmann, société qui a pour but d’effectuer un travail culturel en Afrique de l’Est. Soul Boy a été présenté à des festivals internationaux et a rencontré un grand intérêt.
Tom Tykwer a eu l’idée de ce projet grâce à Marie Steinmann qui, avec une ONG, organise depuis des années des cours d’art dans des écoles dans les bidonvilles. Il a décidé de proposer un atelier de cinéma. Une firme de production de films locale lui a permis de connaître Billy Kahora qui a écrit le scénario de Soul Boy. Tykwer a rassemblé de jeunes cinéastes et des passionnés de cinéma n’ayant eu guère de possibilités d’exercer leur talent. Il a fait venir des professionnels d’Allemagne pour donner des conseils aux jeunes gens et les intégrer dans le processus de production. C’est ainsi que ce film authentique a vu le jour en seulement 13 jours de tournage – avec un petit budget et en grand format. « Tout d’abord, c’était un chaos complet puis c’est devenu une action concertée », a déclaré Tom Tykwer. La mise en scène a été conduite par la ghanéo-kényane Hawa Essuman, de tout juste 30 ans, qui, jusqu’alors, n’avait tourné que des courts métrages. « Pour nous tous, c’était une opportunité exceptionnelle. Auparavant, chacun avait uniquement produit dans son coin. On s’est rassemblé pour tourner Soul Boy, pour réaliser un grand projet. »
En Afrique de l’Est, l’industrie cinématographique n’en est qu’à ses débuts. « Les jeunes cinéastes ont rarement l’occasion de raconter selon des perspectives subjectives des histoires qui leur sont propres », déclare Tom Tykwer – c’est exactement ce qu’il veut encourager. « Nous laissons aux décideurs locaux toute liberté de décision pour ce qui est du style ou de l’attitude ». Il ne s’agit pas de montrer comment « on fait un film ». Hawa Essuman le confirme : « C’est ce qui est important pour notre industrie cinématographique ». Actuellement, cette cinéaste travaille sur un nouveau projet. « Naturellement, les expériences auront une influence sur la manière que j’aurai d’aborder le prochain film. Je me réjouis de voir ce que cela va donner. On saura alors ce que j’ai appris. »
Après les expériences encourageantes faites avec Soul Boy, le projet devait continuer. Pour cela, il fallait toutefois un financement solide. « Soul Boy a montré que l’expérience a bien fonctionné », explique Sarika Lakhani de « One Fine Day Films ». « C’était important pour faire des expériences sur le travail sur place. » L’équipe a par exemple appris que le son, au Kenya, est en règle générale produit en mono alors qu’en Allemagne on attend une qualité stéréo. Il a été possible, en peu de temps, d’obtenir que le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement (BMZ) soit le principal sponsor des deux prochains projets. En plus de la production de films, il s’agit maintenant de veiller à la formation des réalisateurs. Pour cela, « One Fine Day Films », la Deutsche Welle (DW) Akademie et la société de production kényane Ginger Ink, avec « FilmAfrica! », ont créé une mini-école supérieure du cinéma. Un concept de formation a été développé en commun. Michael Tecklenburg de la DW-Akademie à Bonn déclare : « L’idée nous a plu, puisque, finalement, nous aussi nous travaillons dans le domaine de la coopération. Nos buts se ressemblent beaucoup. Nous aimons la façon de voir de Tykwer qui n’est pas eurocentrique. »
Ce fut le point de départ. En septembre 2010, des mentors venant d’Europe ont formé, lors d’ateliers de deux semaines, 50 Africains travaillant pour le cinéma : de la mise en scène à la caméra, jusqu’au montage. Certains de ces participants formeront l’équipe qui doit, par la suite, produire un film de 90 minutes. Cela a éveillé un grand intérêt – plus de 200 candidatures ont été reçues. Dès la fin de l’année dernière a eu lieu l’atelier portant sur le scénario. Actuellement, une équipe de trois personnes travaille à Nairobi sur le scénario du nouveau film. Tous les lundis, les auteurs correspondent par Skype avec Billy Kahora, scénariste de Soul Boy, Tom Tykwer et la société de production pour discuter de la suite de l’action. Le thème, comme le laisse entendre Sarika Lakhani, traitera des différences entre la ville et la campagne et des conflits qui en découlent. En résumé : un jeune homme de la campagne arrive à la ville pour tenter sa chance.
En novembre, enfin, le film sera tourné au Kenya. Cette fois, on disposera de 20 jours de tournage. On procédera ensuite en commun au finissage qui, pour Soul Boy, a quand même duré un an. « Il ne faut pas oublier que c’est un projet de formation, c’est pourquoi les personnes travaillant sur le film ne doivent pas être trop pressées par le temps », précise Sarika Lakhani. On sait déjà que le nouveau projet de « FilmAfrica! » va à nouveau éveiller l’attention. Par contre, on ne sait pas encore quand il sera sur les écrans.////















