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La Silicon Valley d’Europe

Le sud-ouest de l’Allemagne est devenu un leader dans le domaine des logiciels. Une visite de la Silicon Valley d’Europe

Par Kurt de Swaaf

L’avenir se cache derrière un aspect anonyme. Peu de choses dans la pièce grise, à la lumière blafarde, de la cave du bâtiment 445 laissent supposer qu’on y travaille sur une technologie révolutionnaire : un appareil minuscule implanté sur l’œil humain doit remplacer les cristallins affaiblis par l’âge ainsi que leurs muscles pour l’acuité visuelle. Les lunettes de lecture deviendraient superflues. « Notre projet est qu’un prototype existe d’ici 2014 », déclare Helmut Guth. Ce physicien appartient à l’équipe de recherche interdisciplinaire qui développe depuis 2004 ce système artificiel d’accommodation. Guth travaille à l’Institut d’informatique appliquée du « Karlsruhe Institute of Technology » (KIT). Dans le laboratoire, il présente la technique : deux yeux artificiels surdimensionnés doivent fixer une image à différentes distances. Cela fonctionne étonnamment bien. Dès que l’image est déplacée, le réglage de la lentille se fait et quelques secondes plus tard le dessin enregistré du lapin apparaît à nouveau de manière nette sur l’écran de l’ordinateur. Le système reconnaît, à partir de l’angle de l’œil artificiel, où le regard se pose et si l’objet est proche ou lointain, explique Guth. Pour cela, la technique s’oriente sur le champ magnétique terrestre.

Le travail de développement requiert une véritable maîtrise de la microtechnologie. Helmut Guth explique que la lentille artificielle, les parties mécaniques, l’électronique, les capteurs auxquels s’ajoute l’alimentation en énergie, doivent tenir sur un disque d’un centimètre de diamètre et de quatre millimètres d’épaisseur. La programmation du logiciel nécessaire est particulièrement délicate. « C’est très compliqué, lorsque de nombreuses parties différentes du système doivent absolument fonctionner en même temps. » Un microcontrôleur calcule le positionnement de la lentille à l’aide des données sur les capteurs constamment actifs.

Le KIT et le système artificiel d’accommodation ne sont que deux exemples des activités de la technologie d’information qui connaît un véritable boom dans le sud-ouest de l’Allemagne. Cette région est devenue un lieu d’implantation privilégié et est souvent qualifiée de Silicon Valley d’Europe. On y trouve, en plus de 17 instituts scientifiques, de grandes entreprises européennes telles que SAP, le plus grand fabricant de logiciels d’Europe, Software AG qui est l’un des leaders mondiaux en matière de solutions logicielles, ainsi que de nombreuses petites sociétés informatiques. Elles se sont regroupées en janvier 2010 pour former le « Software-Cluster Rhein-Main-Neckar » auquel le ministère fédéral de l’Éducation et de la Recherche (BMBF) a remis un prix. Un total de 350 partenaires ont pour but d’intensifier le développement d’innovations informatiques pour l’« entreprise numérique ». Le BMBF soutient de tels projets, investissant, jusqu’en 2015, jusqu’à 40 millions d’euros par an. Pour ce qui est des logiciels métiers, les entreprises du sud-ouest de l’Allemagne ont déjà 36 pour cent du marché mondial. Karl-Heinz Streibich, PDG de Soft­ware AG à Darmstadt, souligne que les projets communs de recherche et la coopération en « cluster » sont déterminants pour le futur succès de l’industrie informatique dans cette région. « Une reconnaissance croissante internationale de la région nous aide à faire avancer nos initiatives. »

L’entreprise de Streibich s’est spécialisée essentiellement dans le développement de logiciels pour la gestion des processus. Ceux-ci, selon Harald Schöning, doivent être mieux connectés à la réalité maté­rielle. « À partir de ce qui se passe dans le monde, nous devons savoir ce que cela signifie pour nos affaires », dit-il. Pour cela, les processus de logistique sont un bon exemple. On imagine un camion frigorifique transportant des produits congelés, explique Walter Waterfeld, expert en logiciels. C’est l’été et le camion est bloqué dans un embouteillage. Des détecteurs dans l’espace de chargement informent le bureau central de l’augmentation de la température. Que faire ? Le lieu de livraison pourra-t-il être atteint à temps ? Y a-t-il un entrepôt frigorifique à proximité ? Ou faut-il demander au chauffeur de rentrer ? Un logiciel intelligentfacilite la prise de décision.

« Dans notre vision du futur, chaque produit connaît son histoire », déclare Harald Schöning. L’idée est que toutes les données déterminantes soient enregistrées sur des puces spéciales placées sur l’emballage permettant ainsi la communication avec le monde extérieur. Les rayons d’un supermarché se vident plus vite que prévu ? Aucun problème. Le responsable de l’entrepôt a déjà été averti et veille au réapprovisionnement. Software AG, avec des partenaires, travaille au développement de telles innovations pour le flux des marchandises dans le cadre du projet « Allianz digitaler Warenfluss ». L’équipe de Mario Albrecht au « Max-Planck-Institut für Informatik » à Sarrebruck se consacre à de toutes autres perspectives de la technologie de l’information. Les scientifiques travaillent à la représentation moléculaire de réseaux en bioinformatique médicale. Il s’agit de permettre de visualiser des processus biochimiques très complexes, par exemple sur des cellules humaines. Les quelques 20 000 gènes humains commandent la production d’un nombre encore plus grand de différentes molécules protéiques. On risque de ne plus s’y retrouver si l’on dispose uniquement de listes ou de tableaux. Toutefois, à l’aide d’images, on peut maîtriser l’énorme quantité de données et reconnaître les relations. C’est possible grâce à Albrecht et ses collègues. Les experts mettent les programmes qu’ils ont développés à disposition sur Internet, gratuitement. Des chercheurs du monde entier peuvent les télécharger. « Nos représentations de réseaux permettent de voir quelles molécules interagissent et quelles protéines ont éventuellement une fonction défectueuse », explique Mario Albrecht. « De telles analyses peuvent alors donner de précieuses indications sur les causes d’une maladie. »////

10.02.2011
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