La classe de 6e de l’École allemande internationale du Cap – en abrégé DSK– est une bande joyeuse et turbulente. Les élèves portent tous l’uniforme de l’école : un polo blanc arborant le nom et l’emblème de leur école. En route vers le terrain de sport, ils chantent tous ensemble la chanson de l’école : « Je vais à la DSK, c’est formidable parce qu’ici on peut presque tout faire. » Cette strophe, ils ne la chantent pas qu’une seule fois, mais quatre fois : en allemand, en anglais, en xhosa et en afrikaans. C’est que l’école est internationale et pas uniquement fréquentée par des enfants de familles allemandes. Sonia, par exemple, est Sud-africaine, sa grand-mère était allemande. « Ma mère voulait que j’apprenne l’allemand et elle trouve que la DSK est une bonne école », raconte la fillette de 11 ans, l’une des quelque 730 élèves inscrits à la DSK.
L’allemand, ce n’est un secret pour personne, n’est pas une langue simple, et tous les élèves ne l’ont pas appris chez eux en famille, comme c’est le cas de Sonia. L’école propose donc plusieurs filières. Les élèves de langue maternelle allemande peuvent entrer à la DSK dès la première classe ; la plupart des cours sont donnés en allemand et leur parcours scolaire est sanctionné au bout de 13 ans (12 à partir de 2010) par le baccalauréat allemand (Abitur). Ceux qui apprennent l’allemand comme langue étrangère s’inscrivent dans les classes de rencontre où ils doivent suivre des cours intensifs d’allemand en plus des cours réguliers qui sont bilingues allemand/anglais. Normalement, leur scolarité s’achève par le matrik qui est le diplôme sud-africain. Mais ceux qui le souhaitent et qui parlent bien allemand peuvent se présenter à l’Abitur en plus.
L’École allemande internationale du Cap s’inscrit dans une longue tradition : l’an dernier, elle a célébré son 125e anniversaire. Et elle est réputée être l’école allemande à l’étranger la mieux située du monde entier. En regardant par la fenêtre, on voit d’un côté la côte atlantique et de l’autre, la majestueuse Montagne de la Table. Mais là n’était pas la raison majeure qui a incité Dirk Heiss à venir enseigner à la DSK. « L’équipement est fantastique. À titre d’exemple, au lieu des tableaux normaux, les salles de classe disposent de tableaux blancs interactifs », raconte Heiss. Pour les cours de sport et les manifestations culturelles, il y a une piscine, des courts de tennis, une bibliothèque et un amphithéâtre où se donnent les concerts et les pièces de théâtre. En tant qu’établissement d’enseignement privé, l’école est très bien équipée, tout en étant la meilleur marché de toutes les écoles privées du Cap, les frais de scolarité ne s’élevant qu’à une centaine d’euros par mois. Ceci grâce au fait que les enseignants sont envoyés par l’Allemagne et n’occasionnent donc pas de frais supplémentaires.
Avec celles de Johannesburg, Pretoria et Hermannsburg, la DSK compte parmi les quatre écoles allemandes d’Afrique du Sud. En Afrique subsaharienne, on dénombre neuf écoles allemandes fréquentées par quelque 3800 enfants et adolescents. La plupart d’entre eux ne sont pas de nationalité allemande. Les écoles allemandes ont la cote et la langue allemande suscite un grand intérêt, l’accroissement du nombre d’élèves en est la preuve : dans les cinq dernières années, ce chiffre a augmenté de 10%.
Il est prévu de conforter la position de l’allemand, langue étrangère dans les pays africains et d’approfondir la collaboration des écoles avec l’Allemagne. L’initiative mondiale « Les écoles, partenaires de l’avenir » (Pasch), lancée début 2008 par le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, vise à renforcer et élargir le réseau des écoles allemandes à l’étranger et des écoles qui proposent le diplôme de langue allemande. Grâce au soutien de Pasch, des cours d’allemand seront proposés pour la première fois dans 60 pays d’Afrique subsaharienne. Et là où les horaires prévoient déjà des cours d’allemand, l’offre sera améliorée.
L’initiative Pasch éveille également l’intérêt pour la langue allemande en Afrique en proposant d’autres formules. C’est ainsi qu’un groupe de pédagogues de théâtre s’est rendu de septembre 2008 à mai 2009 d’Allemagne en Afrique où ils ont organisé, dans plusieurs écoles, des ateliers hebdomadaires de théâtre pour les élèves d’allemand et leurs professeurs. En outre, une trentaine d’écoles de toutes les régions d’Afrique ont participé au projet « Sprach-Fluss » (langue-courante) lancé avec l’appui du Goethe-Institut.
Désireuse de permettre à des élèves d’origine modeste de fréquenter la DSK, la direction octroie des bourses à des enfants et adolescents des townships qui s’inscrivent dans les classes de rencontre. L’un d’entre eux est Kululeko. À 11 ans, cet élève a encore un peu de mal à parler allemand, mais il le comprend déjà bien. « L’allemand est une langue importante, largement utilisée en Afrique du Sud. C’est une bonne chose de savoir l’allemand », dit-il. Kululeko a été sélectionné comme boursier par la DSK en même temps que d’autres enfants. C’est grâce à ces bourses que les écoliers doués des écoles primaires des townships du Cap peuvent fréquenter la DSK. « À nos yeux, l’important, c’est que nos élèves ne vivent pas ici, isolés dans une tour d’ivoire, mais qu’ils rencontrent des enfants de condition modeste », nous confie Dirk Heiss, d’où l’engagement de l’école.
Couvrant le bruit des conversations qui se tiennent au bord du terrain de sport, on entend des cris d’encouragement. Aujourd’hui, c’est jour de tournoi. Les élèves de la DSK se présentent à une épreuve d’athlétisme contre d’autres écoles. Tout comme ses camarades, le boursier Kululeko doit regagner sa place pour la course de relais. Quelques minutes plus tard, ils sont sur l’estrade, brandissant des pancartes sur lesquelles on peut notamment lire : « DSK – simply the best ». Ils chantent à tue-tête la chanson de l’école : « Je vais à la DSK, bien sûr, parce que mes amis sont ici ». Kululeko commence à courir, se saisit du bâton et dépasse son concurrent : les cris d’allégresse de ses camarades de classe retentissent dans tout le terrain de sport. À la DSK, l’école suscite l’enthousiasme. www.dsk.co.za














