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Un réseau au service de la diplomatie

Ils viennent de Guinée, du Botswana ou du Ghana : lors d’un séminaire du ministère des Affaires étrangères, de jeunes diplomates d’Afrique élargissent leurs connaissances sur l’Allemagne et l’Europe, les relations internationales et les défis de la profession de diplomate

Par Oliver Sefrin

La situation du Bangola est grave : ce pays africain en développement a besoin de l’aide internationale. La production agricole est à peine suffisante, l’eau polluée est un risque de maladies et l’infrastructure est en mauvais état. La déléguée à la gestion des eaux et ses deux collègues du ministère de l’Agriculture et du ministère des Transports sont réunis autour d’une table de négociations et cherchent une entente. À quels projets faut-il consacrer les 30 millions d’euros de l’Union européenne ? À des puits pour l’agriculture, un système de tout-à-l’égout dans la capitale, un aéroport. Le représentant du ministère des Transports, un jeune homme en costume et cravate, prend la parole. Il agite la main, comme pour renforcer son point de vue : un aéroport, dit-il, est très important pour le Bangola, le pays y gagnerait en attraction pour les investissements étrangers. La jeune déléguée de l’administration des eaux s’y oppose. Elle plaide pour un nouveau système de tout-à-l’égout, une meilleure protection contre le choléra. Le collaborateur du ministère de l’Agriculture trouve également de bons arguments au profit des puits. Le débat est vivant mais sans résultat.

Vingt minutes sont passées. Alexander Mühlen met fin aux débats et au jeu de rôle. Le Bangola est un pays fictif – il se trouve ce jour-là au ministère des Affaires étrangères à Berlin. Quant aux négociations, elles sont un exercice que l’ancien ambassadeur fait avec 15 jeunes diplomates d’Afrique. Il a pour but de se familiariser avec les méthodes et les techniques des négociations internationales. Sekou Camara de Guinée vient de ressentir à quel point cela peut être difficile. Maintenant, il semble soulagé. « En faisant de tels exercices, je peux apprendre à bien négocier », déclare ce jeune diplomate de 29 ans, assistant du ministre des Affaires étrangères.

Ce sont de jeunes diplomates africains comme Sekou Camara pour qui le ministère des Affaires étrangères organise chaque année, depuis 2007, des cours intensifs de plusieurs semaines. La formation continue fait partie de la formation des diplomates internationaux de ce ministère. Qu’ils viennent d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine, du monde arabe ou d’Eu­rope centrale ou orientale, des jeunes diplomates de 140 pays ont participé aux cours et le réseau compte aujourd’hui quelque 1500 anciens élèves. Dans le cadre de ce programme, l’Afrique est encore un jeune continent. En 2010, deux cours ont été offerts ; un en anglais et un autre, pour la première fois, en français. La demande est importante ; il y a plus de candidats que de places. Pour participer, il faut avoir une bonne connaissance de la langue et être sélectionné par le ministère des Affaires étrangères de son pays. C’est le cas d’Oratile Khama. Cette jeune diplomate de 27 ans du Botswana travaille au service de presse du ministère des Affaires étrangères. Pour elle, cette participation est exceptionnelle car il n’existe pas de formation comparable dans son pays. Elle décrit son expérience du séminaire : « J’ai beaucoup apprécié les exposés sur l’économie avec les vues personnelles des conférenciers ».

L’Afrique retient l’attention de la politique étrangère allemande, et cela ne se remarque pas uniquement par cette formation pour diplomates. Avec son « Aktion Afrika », l’Allemagne a, au cours des trois dernières années, augmenté son engagement culturel et son travail de formation. En 2008, le continent était le thème principal de la Conférence des ambassadeurs du ministère des Affaires étrangères. Le ministre Guido Westerwelle s’est rendu en 2010 deux fois en Afrique pour des négociations politiques. « C’est un continent qui a la force de se développer, est autonome en matière de politique et d’économie », déclare Alexander Mühlen. Ce diplomate à la retraite a travaillé au service des Affaires étrangères sur quatre continents – en dernier lieu comme ambassadeur en Ouganda. Aujourd’hui, il dirige le programme de formation pour les diplomates d’Afrique. Dans la salle de cours, Mühlen a accroché une carte d’Afrique. Sur les tables, devant chaque participant, il y a le drapeau de son pays et des piles de documents tels que la Charte des Nations Unies ou le livre « The UN Today ». C’est une atmosphère de travail intense. « Je me suis souvent demandé pourquoi l’économie de l’Allemagne est si forte », explique Alifo Noble qui arbore un badge avec les drapeaux allemand et ghanéen au revers de sa veste. Ce quadragénaire est responsable au ministère des Affaires étrangères des contacts entre les deux pays. Il rapportera à Accra des connaissances approfondies sur l’économie allemande – et ce n’est là qu’un des thèmes sur lesquels les diplomates se penchent six semaines durant. Au programme figurent également l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, la politique africaine de l’Allemagne, les Nations Unies ou, comme aujourd’hui, les négociations internationales. À cela s’ajoutent des visites, par exemple à l’Union européenne et l’OTAN à Bruxelles.

Il est un peu plus de 17 heures à l’horloge de la salle de séminaire. Oratile Khama du Botswana et Lovelyn Bisangha du Cameroun rangent leurs affaires. Elles ont l’air un peu fatiguées mais contentes. Elles ne sont pas encore des professionnelles de la négociation mais elles trouvent toutes deux que le séminaire auquel ont participé des collègues de 15 pays africains a été un échange fructueux : « Cela crée le contact et l’amitié », souligne Oratile Khama. C’est un réseau qui pourrait être utile à l’avenir à cette jeune diplomate et ses collègues – dans le monde entier.////

12.11.2010
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