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Eckart Stratenschulte et l’Europäische Akademie

Docteur ès Europe

Selon les critiques, l’UE serait trop abstraite. Ce que dénie Eckart Stratenschulte, directeur de l’Europäische Akademie Berlin. « Il suffit de l’expliquer ». Telle est sa mission

Par Marc Neller

Il ne faut pas se faire de souci pour lui, son rythme est assez rapide, il suffit d’une seule question pour qu’il soit à plein régime. Ce matin-là une simple question fait qu’il laisse refroidir ses œufs brouillés du petit-déjeuner. La question est de savoir comment va l’Europe. Actuellement, l’Union européenne est tout le contraire d’Eckhart Stratenschulte. Elle a accueilli de nombreux pays et donne parfois l’impression de ne pas avancer. Son grand problème réside dans ce que, lorsqu’ils entendent l’abréviation UE, les gens pensent à une sorte de boîte noire. Selon Stratenschulte, un homme grisonnant d’une bonne cinquantaine d’années prenant son petit-déjeuner dans une villa berlinoise, « l’UE ne touche pas les gens car, jusqu’à maintenant, peu d’entre eux la comprennent véritablement ». Il faudrait en parler. Il faudrait aussi dire que cela va changer dans un avenir proche, comme il le croit. C’est pourquoi il parle.

Stratenschulte voit bien les problèmes de l’UE, mais la grande idée qu’elle représente lui est chère. Ce n’est pas un simple amateur d’une Europe unifiée mais un expert qu’écoutent aussi les hommes politiques. Sur sa carte de visite figure « Prof. Dr. Eckart D. Stratenschulte ». Il enseigne les sciences politiques et sociales à la Freie Universität Berlin et dirige l’Europäische Akademie Berlin (EAB). Stratenschulte pense que ce problème est soluble. Passant sous silence que lui-même et son académie sont peut-être une partie de la solution, du moins en Allemagne. L’Europäische Akademie s’emploie à familiariser les gens avec l’UE. La première étape est d’éveiller l’intérêt pour les tenants et aboutissants politiques et économiques. Créer de nouvelles impressions. C’est pourquoi l’EAB offre chaque année plus de 100 manifestations, la plupart dans la villa des années 20 dans le quartier de Grunewald, où il prend actuellement son petit-déjeuner, et qui est le siège de l’académie. En plus de conférences, de débats et surtout de séminaires, l’EAB organise des contacts, des manifestations et des excursions.

L’avenir de l’UE dépend des gens, et surtout des jeunes. C’est en eux que Stratenschulte fonde de grands espoirs. « Les jeunes d’aujourd’hui sont… excusez-moi un instant ! ». Il interrompt son petit-déjeuner pour aller dans son bureau. Il revient les bras chargés de livres qu’il a écrits sur la politique européenne. « L’Europe, dit-il, figure peu aux programmes scolaires allemands, surtout en tant que principe d’enseignement ». Cela bien que la Conférence des ministres de l’Education l’ait clairement fixé il y a 30 ans. « Les professeurs n’aiment pas ce thème, ce que l’on peut comprendre en partie ». Les ouvrages sont vite surannés, il se passe sans cesse quelque chose, il y a de nouveaux décrets, de nouvelles lois qui sont complexes même pour les spécialistes. Les professeurs ne veulent pas se sentir ignorants face à leur classe, alors ils évitent le sujet. Une mallette doit y remédier : du matériel pédagogique rassemblé par l’EAB, en collaboration avec le Sénat de Berlin et la Commission européenne, avec le soutien du ministère des Affaires étrangères. Stratenschulte, lui-même, convient que l’on avance à petits pas. Mais des signes lui donnent confiance. La politique nationale prend l’UE plus au sérieux. L’époque de la visite au dentiste est passée.

Quel dentiste ? Stratenschulte aime à traduire la politique par des situations de la vie quotidienne. Il pense que les gens ont longtemps considéré la politique européenne comme leur dentiste. On ne sait pas exactement ce qu’il fait et on ne veut pas le savoir. On lui fait confiance. Les politologues appellent ce principe le « consensus permissif ». Stratenschulte constate que, maintenant, les gens commencent à s’y intéresser davantage. La politique de l’environnement, le terrorisme, l’économie – ces grands thèmes du futur évoquent quelque chose, même aux jeunes. Selon Stratenschulte « les anciens succès de l’UE paraissent naturels aux jeunes. On ne peut pas les motiver avec l’argument qu’en Europe il n’y a pas de guerre toutes les quelques années. Assurer la paix était un objectif du XXe siècle. Au XXIe siècle, on veille à assurer la paix sociale avec suffisamment d’emplois, des conditions de travail humaines, l’égalité des chances. Stratenschulte sait bien que cela, avec toutes les belles idées de l’UE, ne peut pas suffire à enthousiasmer toute une société. Pourtant l’UE est en voie de passer du statut de projet d’une élite à celui de la majorité. Quand en sera-t-il ainsi ? « Lorsque les étudiants d’aujourd’hui seront devenus des dirigeants ». L’UE demeurera plus difficile que la politique nationale. Stratenschulte ne se fait aucune illusion. Mais il trouve que les hommes politiques pourraient davantage contribuer à rendre l’Europe plus populaire. « On rend facilement l’Europe responsable de ce qui évolue de manière négative. Après, tout le monde s’étonne que les gens n’aillent aux urnes lorsqu’il s’agit de l’Europe ». Il regarde sa montre. Il a tout dit, il doit maintenant se rendre à un rendez-vous. L’Europe l’attend.

25.10.2008
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