Il règne une ambiance de vacances au lac Allersee : l’été, le soleil, les bateaux à voile. Au bar flottant de la plage, Edin Dzeko commande une boisson non alcoolisée en plaisantant avec le patron du bar. Cela ne présenterait aucun intérêt si cet Edin Dzeko ne venait pas de catapulter le VfL Wolfsburg champion de la Bundesliga. Une sensation pour ce club de foot de province. Des centaines de milliers de personnes ont fêté le triomphe des verts et blancs au centre ville. Aux premières loges : Edin Dzeko. L’homme pour lequel le Milan AC aurait offert 40 millions d’euros a catapulté le club à la Ligue des champions, effaçant définitivement la grisaille qui recouvrait la ville.
Avant le conte du VfL, Wolfsburg était perçue par l’opinion publique comme une ville de Basse-Saxe comptant 120 000 habitants et végétant à l’ombre des usines Volkswagen. Au nord du Mittellandkanal, se dresse la gigantesque usine automobile, la plus grande du monde avec ses quatre cheminées impressionnantes. De l’autre côté, le centre ville modeste avec sa piscine VW et sa zone piétonne, la Porschestrasse. Pas de vieille ville ni de quartier de la gare. En vertu de quoi ? Wolfsburg a tout juste l’âge d’une vie humaine ; elle a été construite en 1938 sous la dictature nazie à l’intention des salariés de l’usine Volkswagen qui venait d’être érigée en pleine nature.
Ascension vertigineuse dans les tours de stockage en verre
Tout d’un coup, tout semble avoir changé. Le monde a le regard fixé sur Wolfsburg et découvre une ville qui sort de l’ombre des bâtiments en brique rouge de VW. D’après le « Guardian » britannique, le Science-Center Phæno compte parmi les douze édifices les plus remarquables du monde moderne. Le Musée d’art (Kunstmuseum) n’a rien à craindre de la comparaison avec le MoMA et le Centre Pompidou et joue, à l’échelle nationale, dans la même division que la Kunsthalle de Hambourg, le Musée d’art moderne de Francfort et la Pinacothèque des Modernes de Munich. Et la cité de l’auto (Autostadt), le seul parc d’attraction et à thème du monde, est – avec l’Europa-Park de Rust – le plus grand parc de loisirs d’Allemagne.
Les deux tours de voitures de 48 mètres de haut, l’emblème touristique de la ville, dominent – tout en les limitant – le parc et la lagune d’une superficie de 25 hectares et inaugurés à l’Expo 2000 de Hanovre. Chaque année, la carte de visite à trois dimensions du groupe Volkswagen accueille deux millions de visiteurs. La mobilité est à l’honneur sous tous ses aspects : les fauves de Lamborghini sortant du mur, le parcours cross-country, le festival Movimentos de renom international, l’exposition actuelle « Stars & Cars » etc. etc. Sept pavillons arborant chacun une marque du groupe, le musée de l’automobile le plus visité du monde et le premier centre mondial de livraison de voitures font partie de cette ville dans la ville qui englobe également 13 restaurants, le restaurant 3 étoiles « Aqua » ainsi que le prestigieux Ritz Carlton avec son solarium et sa piscine extérieure, dans le bassin portuaire.
De plus en plus d’acheteurs viennent prendre livraison de leur nouvelle Volkswagen sur place et en profitent pour visiter la cité de l’auto. Les frais de voyage correspondent à peu près au coût du transfert. Mais le facteur découverte est incomparable. Un des temps forts est l’ascension vertigineuse dans la cabine menant à l’un des deux entrepôts de vingt étages qui accueillent chacun 400 voitures. Jusqu’à 30% des commandes passées en Allemagne sont enlevées au centre d’accueil clientèle de la cité de l’auto, et ce 363 jours par an. « Depuis son inauguration, l’Autostadt a enregistré plus de 18,5 millions de visiteurs », dit Otto Ferdinand Wachs, l’ancien responsable de projet et actuel gérant de la cité de l’auto. Le succès du parc à thème se fait évidemment sentir dans les statistiques touristiques de la ville de Wolfsburg. Pour toute la ville, le nombre de touristes est passé de 300 000 en 1997 à plus de six millions l’an dernier.
Si la ville est sympathique, cela tient à sa taille modeste. Toutes ses attractions sont accessibles à pied. Elles sont situées, comme pour une exposition d’architecture, le long de l’axe de Koller, axe optique qui relie le Klieversberg au sud et le château au nord. Cet axe d’à peine 2,5 kilomètres à vol d’oiseau a été conçu par l’urbaniste Peter Koller qui a marqué de son empreinte la construction de Wolfsburg après la Seconde Guerre mondiale. Du Klieversberg avec son Théâtre (1973, réalisé par Hans Scharoun qui a également conçu la Philharmonie de Berlin) on descend par la Porschestrasse qui abrite le Musée d’art (1994, Peter Schweger, ZKM Karlsruhe), le Centre culturel (1962, Alvar Aalto, le Théâtre d’Essen) et le Science Center (2005, Zaha Hadid,
Pavillon-Pont à l’Expo 2008 Saragosse) en passant par l’Autostadt (2000, Gunter Henn, Manufacture de verre de Dresde) jusqu’au château de Wolfsburg qui a donné son nom à la ville et en est le seul lieu véritablement historique. Même le Designer Outlet-Center qui s’est ouvert au centre ville en 2007 s’intègre admirablement dans le paysage urbain.
Ces 15 dernières années, le secrétaire de longue date à la culture, à l’éducation scolaire et au sport, Wolfgang Guthardt, a été pour beaucoup dans le développement de la ville sous l’égide du maire Rolf Schnellecke. En 1999, il a proposé au conseil municipal d’ériger un centre scientifique entre la gare ICE, le centre ville, l’usine VW et la cité de l’auto. À force d’énergie et de courage, il a fini par faire adopter le projet de « son » architecte Zaha Hadid. Six ans plus tard, le « Phæno » ouvrait ses portes. Guthardt en assuma la direction. Aujourd’hui encore, c’est plein d’admiration qu’il fait le tour de « la plus grande sculpture accessible » d’Allemagne.
Découvertes dans la plus grande sculpture accessible
Le corps de bâtiment en béton reposant sur des pieds coniques domine la rue. À l’intérieur, à sept mètres de haut, se réalise une aventure architecturale dont les formes rappellent des cratères, des cavernes, des terrasses et des plateaux. Les perspectives qui se renouvellent sans cesse permettent une visite guidée indirecte. L’an prochain au plus tard, on s’attend à accueillir le millionième visiteur. « Wolfsburg a toujours été un modèle pour la République fédérale », commente Guthardt.
Cette affirmation peut paraître exagérée. Mais il est un fait que la ville a souvent fait office de modèle, par exemple en matière d’intégration des étrangers, de mesures prises en faveur de la famille ou de modèles de temps de travail chez VW. Tout cela se reflète aujourd’hui dans les différents classements des villes : première place dans l’atlas allemand de la famille, la ville la plus saine d’Allemagne du Nord, le numéro 1 sur le plan économique et la locomotive de croissance de la Basse-Saxe. Bien entendu, Wolfsburg dépend encore aujourd’hui de VW, et ce en dépit de l’action concertée prise ces dix dernières années aux fins de diversification et qui a permis à 160 entreprises comptant 20 000 emplois de s’établir dans la ville. Volkswagen, le deuxième fabricant d’automobiles du monde, occupe 48 000 personnes à Wolfsburg. Grâce à la prime à la casse, le groupe sort gagnant de la crise automobile avec ses marques de masse VW, Škoda et Seat. Environ 30% des voitures neuves fabriquées en Allemagne proviennent du groupe VW. L’usine a dû mettre en place des équipes spéciales.
Mais qu’en est-il de l’avenir de VW et de la ville ? Les 9 000 chercheurs et concepteurs de Wolfsburg parviendront-ils, en dépit des objectifs climatiques ambitieux, à mettre des produits compétitifs sur le marché ? Actuellement, ils cherchent à mettre au point de plus petits moteurs utilisant une technique plus performante, consommant moins et à basses émissions. Résultat : la Golf BlueMotion sera commercialisée à la fin de l’année. Elle n’émettra que 99 g de dioxyde de carbone par kilomètre. En ce qui concerne la flotte de véhicules neufs, l’objectif de l’UE est de 130 g en2012. Il est donc clair que VW, le VfL et la ville de Wolfsburg joueront l’an prochain dans la Ligue des champions.














