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« L’identité européenne grandit »

L’Union européenne et les médias – leurs rapports ne sont pas exempts de conflits. Pourquoi ? Six questions à Joachim Fritz-Vannahme : il fut pendant huit ans correspondant à Bruxelles de l’hebdomadaire Die Zeit et dirige aujourd’hui les projets européens de la Fondation Bertelsmann

Interview : Rainer Stumpf

M. Fritz-Vannahme, vous avez dit un jour que la vie des correspondants à Bruxelles se déroule entre l’ennui et la fascination. Qu’est-ce qui fait que les journalistes oscillent entre ces deux extrêmes à propos de l’Union européenne ?

Cela est dû à la construction de l’UE que l’on ne comprend pas d’emblée. Je ne connais pratiquement personne qui ne soit venu à Bruxelles comme correspondant et n’ait pas eu besoin d’au moins un an pour réussir à se faire une idée propre de l’UE. Cela peut surprendre au premier abord. Il existe en effet de grandes institutions comme la Commission européenne et le Parlement européen que chaque journaliste connaît. Mais il y a aussi 27 pays membres et quelques partenaires comme les Etats-Unis, la Chine ou la Suisse qui sont également représentés à Bruxelles. L’Union européenne n’est pas un Etat fédéral ni une union composée d’Etats – c’est quelque chose de particulier. Tous ces processus bureaucratiques, toutes ces directives sont parfois sources d’ennui. Mais il est fascinant de travailler dans ce conglomérat de langues et de cultures. Tous les pays viennent ici et travaillent de concert au même ouvrage : l’Europe. Cela compense les moments ennuyeux.

Bien que l’influence de l’Union européenne sur la politique nationale des Etats membres ne cesse de grandir, l’information sur l’UE est dans l’ensemble assez restreinte. Les médias ont-ils de la difficulté à décrire le projet européen ?

On ne cesse d’affirmer que l’information sur l’UE diminue. Je ne le crois pas. Au contraire, je pense qu’elle augmente. Mais pas à la une ni en prime time. Il est apparemment bien plus intéressant de parler du choix des candidats aux élections présidentielles américaines que du choix du président de la Commission européenne. La faible personnalisation de la politique européenne ne permet guère d’associer les thèmes européens à des personnalités en vue. A cela vient s’ajouter le fait que Bruxelles n’est pas très télégénique, elle offre trop peu de motifs pour les informations télévisées. Or les médias ont besoin d’images.

Les journalistes des rédactions européennes ne prennent-ils pas le sujet suffisamment au sérieux, tout simplement ?

Les correspondants à Bruxelles sont parfois trop soucieux des détails. Mais je pense que le problème se situe au niveau des rédactions dans les différents pays. Pourquoi ? Parce que chaque rédacteur local reçoit sur son bureau les décisions prises à Bruxelles mais ne sait généralement pas comment elles ont été prises. Si ces journalistes étaient mieux informés, nombre d’articles critiquant les eurocrates et des décisions qui semblent incompréhensibles auraient un autre contenu. C’est pourquoi je ne cesse de plaider en faveur d’une amélioration sensible de la formation des journalistes en matière européenne, notamment celle des journalistes locaux.

Qu’en est-il des lecteurs, des auditeurs, des internautes ? L’UE ne les intéresse-t-elle pas ?

Que si ! Leur intérêt pour l’UE augmente même. Mais, trop souvent, on ne leur explique pas assez l’Union. On en arrive à un déséquilibre et à des états d’esprit assez diffus. Le rejet naît de l’incompréhension. On entend souvent dire que l’on ne peut échapper à l’Europe. Cette phrase reflète une certaine impuissance mais montre aussi que les citoyens ont conscience que, avec l’Europe, quelque chose s’est développé qui fait partie depuis longtemps de notre quotidien. A cela vient s’ajouter la frustration de ne pouvoir influer ni sur les décisions ni sur le choix des personnalités jouant un rôle important au sein de l’Union européenne.

Il n’y aura donc une opinion publique européenne que lorsque les dirigeants européens seront directement élus ?

Oui, cela en revient à ça. Cela s’est déjà amélioré avec la réforme du traité. Nous aurons un représentant de la politique extérieure européenne plus éminent, et un président du Conseil européen élu pour deux ans et demi. Ce seront des personnalités beaucoup plus visibles. Pour la prochaine étape, il faudrait que soit le président du Conseil soit le président de la Commission soit directement élu. Je suis certain que cette étape se dessinera au cours des quatre prochaines années.

Une identification commune des Européens à ce grand projet politique qu’est l’UE par l’intermédiaire des médias est-elle indispensable à la durabilité de cette communauté d’Etats ?

Je déconseillerais d’imposer cela d’en haut. La Commission s’y est déjà essayée. Mais les gens comprennent très vite que c’est du marketing. Je crois au développement d’une identité européenne de manière beaucoup plus indirecte. Sur les sujets importants, nous avons des débats identiques dans tous les pays membres. Nous discutons de la guerre en Afghanistan ou de la protection du climat. Dans les médias des différents pays, les attentes des Européens sont largement identiques. Et ça, c’est le début d’une identité commune. Nous avons les mêmes soucis et devons trouver des solutions communes.

26.10.2009
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