Pays pauvre en matières premières, l'Allemagne est tributaire des idées et des innovations. C'est pourquoi, chaque année, les pouvoirs publics et le secteur économique investissent des milliards d'euros dans la recherche. Le ministère fédéral de l'Éducation et de la Recherche fournit au CeBIT, le premier salon mondial du marché numérique, une démonstration impressionnante de la façon dont des projets bénéficiant d'un soutien financier peuvent devenir des produits commercialisables.
L'homme coiffé d'un casque étrange ne bouge pas les doigts, et pourtant il joue au flipper. Il ne fait que penser au levier qu'il souhaite manœuvrer sur l'appareil. Cela suffit pour que la boule soit projetée dans l'espace de jeu. Les diodes qui mesurent son activité cérébrale décodent les signaux du cerveau et les transforment en signaux de commande pour le flipper. "Interaction homme-machine", tel est le nom donné par les chercheurs à ce qui paraît tout simple bien qu'ayant nécessité de longues années de travail.
Jusqu'à maintenant, les systèmes d'assistance dont sont équipés les véhicules automobiles modernes calculent leur intervention à partir des données que leur fournit le véhicule : vitesse, marche avant, manœuvres de conduite et de freinage. Les chercheurs veulent néanmoins se rapprocher encore du processus décisionnel en amont, c'est-à-dire qu'ils veulent à l'avenir analyser en temps réel l'activité cérébrale du conducteur.
À l'heure actuelle, les systèmes peuvent déjà reconnaître un coup de frein avec une avance de 0,2 seconde. C'est suffisant pour avoir le temps de se préparer et ce sont ces dixièmes de seconde qui permettent justement de sauver des vies humaines quand des camions ou des autocars sont impliqués.
Une technologie clé pour de nombreux domaines
"En neurotechnologie, l'enjeu dépasse cependant les systèmes d'assistance", explique le professeur Klaus-Robert Müller de l'Université technique (TU) de Berlin. Derrière la recherche se cache la question complexe de ce qui se passe dans le cerveau quand on fait fonctionner une machine.
M. Müller et ses collègues y voient un potentiel d'innovation considérable. Le décryptage des signaux cérébraux à l'aide de l'informatique et des mathématiques ouvre la voie à de nombreuses autres applications et produits technologiques de pointe : par exemple, l'optimisation de postes de travail compliqués sur des machines ou des systèmes d'assistance destinés aux personnes souffrant d'un handicap. C'est la raison pour laquelle la Fédération encourage depuis des années, en collaboration avec des entreprises telles que Daimler et Siemens, ce que l'on appelle la "neurotechnologie".
Le supermarché de demain
Le réfrigérateur fait l'inventaire de ce qui manque et indique les produits qui seront bientôt périmés. Ceci est possible grâce à des puces RFID (technologie d'identification par radiofréquence) placées, par exemple, sur le lait et le beurre. Avant d'aller faire ses courses, on enregistre les informations soit sur sa clé de voiture soit sur son téléphone portable.
Une fois au supermarché, la liste des commissions est transférée sans fil sur l'écran du caddie. L'assistant achats personnel aide à choisir les produits. Au courant du profil de "son" acheteur, il connaît bien ses goûts, de même que les problèmes que peuvent poser d'éventuelles allergies. Il donne des indications en conséquence et avertit, le cas échéant, le consommateur.
Un autre assistant achats animé ("avatar") pilote le consommateur à travers les rayons du magasin vers le produit recherché. Les achats sont payés à la sortie par empreinte digitale.
Sur le chemin du retour, la voiture identifie les produits achetés (cette fois encore grâce aux puces radio dont ces derniers sont munis) et signale ce qui manque éventuellement. Si les produits réfrigérés risquent de trop se réchauffer, l'ordinateur de bord avertit le conducteur de se dépêcher.
Une vision futuriste, me direz-vous. La réponse serait plutôt non si l'on considère que des projets pilotes sont dès à présent équipés de la plupart de ces fonctions ou disposent d'un mode de fonctionnement similaire. Mais en avons-nous vraiment besoin ? L'effort en vaut-il la peine ?
Exploiter les potentiels
Il est certain que les applications ne devraient pas se faire dans la pratique exactement de la manière dont les scientifiques les ont conçues. Ce n'est d'ailleurs pas nécessaire puisque les détails et la création de produits sont l'affaire d'autres spécialistes. Ce qui est important, c'est que la direction soit la bonne. Les produits innovants naissent alors pour ainsi dire tout seuls. Le confort n'est pas le seul aspect à retenir. Notre société vieillit et les services et produits deviennent toujours plus complexes. Dès lors, les infrastructures innovantes telles que le réfrigérateur "intelligent" et le supermarché numérique ont de l'avenir, les experts du ministère fédéral de l'Éducation et de la Recherche en sont persuadés. Le marché est là. De manière générale, la domotique recèle encore un énorme potentiel dont il s'agit de tirer profit, concernant l'efficacité énergétique, par exemple. Innover pour assurer une vie autonome aux personnes âgées
Comme ces dernières années, l'exposition du ministère indique une autre tendance dans la promotion de la recherche, à savoir les projets et produits destinés à permettre aux personnes âgées de mener une vie autonome, comme les robots ménagers, les déambulateurs intelligents et une liaison rapide en ligne avec le personnel médical.
Et quand on vous présente les systèmes perfectionnés de télésurveillance médicale à domicile ("Homecare") qui sont à deux doigts d'être mis sur le marché, il devient évident, si ce n'était pas le cas déjà avant, que promouvoir la recherche va au-delà du soutien du site ou de la promotion économique. En effet, la promotion de la recherche investit dans les progrès qui profitent à l'Homme.
Source: CIDAL













